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[i566] DE LA VILLE
Mons' de Villeroy, Prevost des Marchans;
Mess" Bourgeois, de Bray, Eschevins;
Mons' Du Drac, conseiller cn la Court, monsr Perrot, conseiller en la Court, monsr Hennequin, conseiller en la Court, monsr Guyot, m0 des Comptes, mons' de Villabry, General de la Justice, mons' le Lieutenant particulier de Bragelongne, mons' Du Gué, advocat du Roy en la Court des Aydes, mons' de Chambourcy, mons' le Lieutenant civil, sire Guillaume Larcher, sire Jehan Croquet, sire Pierre Croquet, sire Jehan Le Sueur, sire Claude Marcel, sire Jehan Aubery, mons' de Chomedey, mons' de Jumeauville, sire Simon de Cressé, Conseillers de lad. Ville;
Après que mond, s' le Prevost des Marchans a eu donné lieu à mond, s'le conte de Retz en une chaize au bout du Grant Bureau et faict faire lecture desd, lectres du Roy, led. s'conte commença pour sa creance à proposera : "Que le Roy, pour obvier aux grandes et excessives usures qui clandestinement se exerçoient en son royaulme, ct nommement en sa ville de Paris!2', contre ses editz, auroit receu des discours qui luy auroient esté faictz par personnes assez studieuses et amatrices du publicq, et d'aultant que telz advertissemens concernoient le bien et utilité dé la Ville, il le y avoit envoyé pour leur communiquer telz biens et secrelz, desquelz il les avoit voullu faire les premiers participans, combien que Sa Majesté eust ja neantmoings arresté, que où lad. Ville ne vouldroit y entendre, intervenir ou acom-moder son nom aux inventeurs desd, moyens, de les faire pratiquer et executer luy mesmes quelque temps, voire soubz le nom de lad. Ville.
"Que Ie meilleur moyen pour y parvenir estoit d'establir une blanque <3' en ceste Ville jusques à la concurrance de quatre millions de livres, qui fut vo-
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DE PARIS. 581
luntaire neantmoings, sans aucune force ou contraincte dc personne.
"Que les benefices d'icelle seroient de fiefz de terres, prez, possessions, bagues et autres choses précieuses estans ja en la possession desd, inventeurs, et desquelles ilz sont tous preslz de promptement nantir et garnir lad. Ville pour seureté,' ne voullans en façon quelconque la faire entrer en.obligation que pour raison des choses à eulx delivrées et nanties actuellement, et pour l'entier establissement de laquelle blancque cy après l'on fera loix plus particulieres à la seureté du publiq, et par l'avis des depputtez, administrateurs ct autres notables cytoiens.
"Que sur lad. somme dc quatre millions de livres se.prandra une bonne portion d'icelle, comme ung milion, de laquelIe l'on fera fondement d'une banque ou bourse commune pour extirper les usures et acommoder tous ceulx qui vouldront prandre argent jusques au denier dix, en baillant toutesfoys par les preneurs bonnes et suffisantes cautions, gages et autres asseurances.
"Et du prouffit de l'argent de lad. blancque qui viendroit ausd, inventeurs, l'octave seroit delivrée à lad. Ville pour son intercession, si elle s'en voulloit charger, comme du prouffit d'ung million le huitiesme denier, estant trop expédient, que si l'on ne peult en France que difficillement remedier aux usures, nonobstant les edictz du Roy, que le prouffict d'icelle usure doibt plus tost tourner à ung corps de ville et au publiq que à des particuliers, et aussi que ceste invention aparement est au soulagement du pauvre et neccessiteux, qui passant par les mains des usuriers ct mesmes des notaires, il se consumine ordinairement en fraiz avant que de toucher lesd, deniers.
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O Cette proposition du comte de Retz et la délibération de l'Échevinage qui rejela l'ofl're d'une blanquo se trouvent analysées dans D. Félibien, Histoire de la ville de Paris, preuves, t. V, p. 4oi.
(2) En effet, l'usure avait atteint de telles proportions à Paris que le Parlement s'émut des plaintes réitérées qui lui étaient journellement adressées et fut obligé de prendre, le 26 juillet i566, un arrêt interdisant à tous individus, marchands ou autres, lant hommes que femmes, les prêts usuraires, soit sur gages, soit autrement; des lettres du 20 janvier 1567 ordonnèrent de rechercher et poursuivre les usuriers dans tout le royaume. (Cf. le recueil de Fontanon, t. 1, p. 677.)
f3) La blanque était une espèce de loterie, introduite en France par les Italiens, très en vogue ù la fin du xvi' et au commencement du xvii" siècle. Etienne Pasquier, qui donne Jes détails les plus précis sur le fonctionnement de cette loterie, la qualifie de "jeu le plus propre pour piper doucement une populace-. (Cf. Etienne Pasquier, Les recherches de la France, liv. VIl, p. 898.) Dans la plupart des cas, "moyennant quelque don faict à quelque favori de cour, le marchand entrepreneur, porteur de plusieurs belles beatilles et menus bijoux- , obtenait permission d'ouvrir sa blanque. Les premières blanques, à l'imitation de celles des villes italiennes, furent établies en France par un édit de mai 153g, qui institua comme "maitre et facteur de la blanque de Parisi. Joan Laurent; une déclaration sous forme de règlement, eu date du 24 février i54a (n. st.), autorisa ce Jean Laurent à modifier à son gré le chiffre de la mise, fixée dans le principe à un teston, de la valeur de io sols 6 deniers tournois. Ces deux ordonnances sont imprimées dans de la Mare, Traité de la Police, t. 1, p. 470, 472.
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